Résumé :
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Roman de la voix, roman des voix, Solibo Magnifique est l’histoire d’un conteur que tout le monde raconte. Tout est voix, depuis la dédicace, qui désigne cet écrit comme une « parole », jusqu’à l’intrigue, qui entremêle les témoignages oraux de personnages ayant assisté à la mort d’un conteur ; or ces témoignages entremêlés multiplient les sources de la parole, au point de créer une certaine profondeur, et peut-être un vertige : qui parle ? À qui ? En quelle langue ? Toutes ces questions jalonnent un récit où le lecteur se perd, hésite, hypnotisé par des discours en perpétuel mouvement.Patrick Chamoiseau cherche à créer une écriture nouvelle, en adéquation avec la culture créole. Pour cela, il lui faut chercher à adopter la posture du conteur originel, comme il l’explique dans Ecrire la parole de nuit :« L’écrivain assis devant sa feuille perçoit à quel point, sur cette tracée opaque entre l’oral et l’écrit, il doit abandonner une bonne part de sa raison, non pour déraisonner mais pour se faire voyant, inventeur de langages, annonciateurs d’un autre monde ». 1C’est dans cette idée de création d’un autre langage que peut intervenir la notion de vertige, non plus comme technique purement littéraire, mais comme « arme » politique et culturelle, comme moyen de rendre compte du péril subi par une civilisation et peut-être de lui redonner vie.
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